Un mensonge explosif – Christophe Reydi-Gramond

Un mystère très volatil

Reydi Gramond - Mensonge explosifToulouse, le matin du 21 septembre 2001. « Une secousse. Un bruit sourd. Des arcs lumineux, une gigantesque flamme, un sifflement strident, des voitures soufflées, des vitres qui éclatent ». Une scène d’apocalypse. L’usine AZF vient d’exploser faisant trente et un morts et plus de deux mille blessés. Cela, dix jours seulement après le 11 septembre à New-York. Dans l’air plane comme une odeur d’attentat. Mais il faut se méfier des odeurs comme des apparences. L’enquête est rapidement bouclée et conclue à « une réaction chimique consécutive à une fausse manip ». Ah bon.

Pourtant, quelques semaines auparavant, des informations émanant de la CIA prévenaient les services français d’ « une menace imminente » d’attentat sur leur territoire, probablement dans une usine chimique. Suite à cette note, le patron de la DST, en personne, s’était rendu sur un site de production voisin du site AZF pour vérifier les procédures internes de sécurité. Cette usine était le seul producteur européen de propergol, le carburant utilisé pour les fusées Ariane et, accessoirement, les missiles… Parmi les victimes de l’explosion figuraient deux personnes fichées pour leurs relations avec l’islamisme radical. Quelques jours plus tard, trois personnes étaient arrêtées à une centaine de kilomètres du site, « la vitre arrière de leur Laguna brisée par l’explosion, les plans de l’usine sur la banquette arrière ». Accident on vous dit. Il est vrai qu’on était à quelques mois de l’élection présidentielle et que personne, au sommet de l’Etat, ne tenait à s’engager sur « le terrain glissant du terrorisme islamique. »
Les journalistes ont rapidement avalé la version officielle de l’accident. Tous, sauf un. Dans l’hebdomadaire pour lequel il travaillait, Stéphane Dexieu s’était rappelé qu’à une époque on qualifiait la presse de quatrième pouvoir. Il a donc eu l’audace de remettre en cause ce qu’on lui servait dans un rapport « estampillé NF ». Mal lui en a pris. Peu après la publication de son article, des menaces l’amènent à quitter précipitamment le pays avec femme et enfant. Quelques jours après son arrivée à Rio, trois corps sont retrouvés, écrasés au pied de leur hôtel. Les visages en bouillie sont méconnaissables. Une chute de 23 étages. Apparemment, suicide en famille. Apparemment, car pour Raul Marota, le commissaire chargé de l’enquête, « si c’est un suicide, moi je suis chanteuse de fado. »

Qui a voulu faire taire Dexieu de façon si radicale ? Qu’avait-il découvert de si sensible? Avec « Un mensonge explosif », Christophe Reydi-Gramond nous entraine dans une enquête multi-pistes autour de l’accident de l’usine AZF. Le livre refermé, on n’est pas plus avancé mais beaucoup moins serein.
Le monde est pourri par l’argent. L’argent justifie les moyens. Les moyens n’ont pas de limite. La raison d’Etat n’est pas incompatible avec la cupidité des multinationales. La vérité n’existe pas. Ou du moins, elle n’intéresse personne. « La vérité moderne n’a de valeur que dans la mesure où elle protège notre mode de vie, ce qui nécessite d’en avoir une approche sélective. C’est devenu un élément de stratégie au service de la civilisation ». Dormez en paix braves gens et arrêtez de vous poser trop de question ; c’est pas bon pour le moral. Dans « Un mensonge explosif » on croise des flics désabusés, des consultants de haut vol cyniques, des scientifiques illuminés, des hackers alcooliques et un premier ministre qui ne nous aurait pas tout raconté sur son passé… Heureusement, quelques réflexions bien trouvées – bien senties – nous rappellent que l’on est dans un polar et non pas dans la vraie vie. « Tu sais, la politique c’est comme l’andouillette. Il faut que ça pue un peu la merde, mais pas trop. » Christophe Reydi-Gramond semble parfaitement connaitre la nébuleuse militaro-policière des services de sécurité. Même chose pour le milieu pétrolier et son côté obscur. Au point de se demander s’il n’a pas fréquenté ces mondes là. La réponse est non ; il a juste fait un gros travail de recherche. Bravo. « Leurre, contre-leurre, vérités gigognes » se succèdent et s’emboitent les uns dans les autres, à l’image de la matriochka qui orne la couverture du livre. Christophe Reydi-Gramond manipule tout ça avec précaution et un certain talent. Quant à nous, on se laisse manipuler avec curiosité et un plaisir certain. MO

« Un mensonge explosif » – Christophe Reydi-Gramond – Liana Levi.

 

By | 2015-12-17T15:53:38+00:00 5 juillet 2014|Déjà parus|0 Comments

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