Ils savent tout de nous – Iain Levison

Ecoutes télépathiques

iain levison - ils savent tout de nous« Comment pouvait-il soudain entendre les pensées des autres ? Il rêvait ? Il avait pris des antihistaminiques ? Mangé quelque chose de bizarre ? Ou bien il avait été en contact avec un produit chimique ? Une radiation ? Un truc qui donne tout à coup des super-pouvoirs comme dans les BD ou les films ? Il es- saya en vain de se rappeler ce qu’il avait pu faire différemment ces derniers jours. Rien. La semaine avait été normale ».

Je sais tout de vous

Flippant ce qui arrive à l’agent Snowe. Voilà qu’il entend ce que pensent les gens autour de lui. A priori, qui n’a pas rêvé de posséder, un jour, un super- pouvoir ? Mais croyez bien que celui-ci n’est pas un cadeau. Certes, ça peut être utile quand vous êtes, comme Snowe, flic. Plus efficace qu’un détecteur de mensonges lorsque vous interrogez un suspect ou arrêtez un contrevenant d’une totale mauvaise foi. Vous pouvez également penser que ça peut être un bon moyen d’épater les filles. Pourquoi pas ? À condition de bien manier votre superpouvoir ; un mot de trop et vous passez pour un schizophrène ou, pire, un psychopathe. Adieu le plan qui jusqu’ici s’annonçait plutôt bien.
Mais, le reste du temps, c’est une vraie galère. Le mur des apparences devient complètement transparent et la face cachée des gens vous saute à la gueule, bien malgré vous. Vous apprenez ainsi qu’une de vos collègues trouve que vous avez « un beau cul et qu’elle aimerait le voir à poil » ou que le sergent Townes, « très à cheval sur le règlement » est en fait gay et qu’il a « sacrément envie de se taper l’agent Aguilar », la nouvelle recrue. Le pire, c’est sans aucun doute d’entendre ce que pense votre partenaire quand vous faites l’amour ; débandade assurée.
Non, décidément, ce superpouvoir n’est pas un cadeau ; plutôt un handicap. « Il ne voulait voir aucun ami parce qu’il avait peur d’entendre ses pensées. Il ne voulait pas connaitre les secrets les plus cachés. Il ne voulait pas découvrir de nouveau gay ou de nouveau voleur. Il voulait seulement vivre la même vie que la veille quand il préparait son examen de sergent et se demandait si les Lions de Detroit devaient changer leur quaterback ».

Signes particuliers

Terry Dyer est également de la police. Mais pas dans le même département que Snowe. Elle ne patrouille par les rues pour coincer ceux qui enfreignent la loi. Terry travaille pour une mystérieuse agence gouvernementale. C’est à ce titre qu’elle se rend dans une prison de l’Oklahoma y rencontrer Denny, un prisonnier. Pour avoir tué un flic, il attend son tour dans le couloir de la mort. « L’apparence de Denny n’en était pas moins normale. … Il semblait être le genre de type avec qui on peut bavarder dans un bar quand on ne recherche pas quelque chose de sérieux ». Néanmoins, Denny a une faculté que peu d’individus possèdent : comme l’agent Snowe, il lit dans les pensées des gens. Et Terry le sait. « À ce stade de sa carrière elle pouvait repérer presque instantanément ceux qui étaient programmés, comme lui. Peut-être à leur façon de parler, à leur regard, comme s’ils comprenaient tout de l’autre, comme si personne n’avait de secret pour eux ». Et Si Terry Dyer a été choisie pour rencontrer Denny, c’est qu’elle aussi possède une particularité : impossible de lire dans ses pensées. Encore moins dans ses arrière-pensées. « Enfant, j’étais épileptique. J’ai été opérée, on m’a enlevé une partie du cerveau qu’on appelle le corps calleux. Ça me rend inaccessible aux curieux. C’est pour ça que je travaille dans cette agence ».

Deal

Terry veut proposer à Denny un deal : sa grâce en échange de l’utilisation de son pouvoir de télépathie lors d’une négociation internationale délicate à l’ONU. N’importe quel joueur vous le dira : voir le jeu de l’adversaire, ça aide. Même chose dans une négociation : quoi de plus facile pour parvenir à vos fins que d’être informé dans l’oreillette de ce que l’autre a derrière la tête ?  Du fait de la particularité de Terry, impossible pour Denny de lire dans ses pensées et de savoir si Terry Dyer le mène en bateau ou pas, si elle tiendra sa parole ou pas. Bien que méfiant, il accepte le deal.
Arrive le jour de la négociation. Denny fait ce qu’on attend de lui. Mais au moment de quitter le siège de l’ONU, il perçoit dans l’esprit d’un policier qui l’accompagne que la suite du programme n’est pas tout à fait ce qui était prévu. Il parvient à s’échapper. Un « paquet d’emmerdes » vient d’arriver « droit sur Terry ». L’utilisation des pouvoirs de Denny étant une opération secrète réalisée en dehors de tout circuit officiel, impossible d’alerter la police pour le retrouver. Par chance, dans le radar de l’agence de renseignement vient d’apparaître l’agent Snowe. Contacté, il se voit confier la tâche de retrouver Denny. « Il faut être télépathe pour attraper un télépathe ». C’est, en tout cas, ce que pensent les fonctionnaires de la mystérieuse agence. Et voilà comment « un petit flic à la con dont l’expérience se limitait à dresser des PV pour excès de vitesse » se retrouve à la poursuite d’un « trafiquant de drogue tueur de flic dont la solution à tous les problèmes consistait à frapper ou à tuer ». Gros « paquet d’emmerdes » en perspective.

Big brother

Dans « Ils savent tout de nous », Iain Levison abandonne la thématique qui a fait son succès. On n’est plus dans le polar social mais dans le polar sociétal. Ici, pas d’histoire de marginaux qui essaient de s’en sortir comme ils peuvent, autrement dit, par des moyens pas très légaux. Dans « Ils savent tout de nous », Iain Levison s’attaque à un tout autre sujet. Celui de la superstructure d’Etat qui veut tout contrôler, tout savoir ; ce que vous faites et, pire encore, ce que vous pensez. Iain Levison ne se cache pas d’être un supporter d’Edward Snowden. Avec « Ils savent tout de nous », il rend un hommage indirect au lanceur d’alertes ; ses deux personnages principaux se nomment Snowe et Denny ; Jerry, le geek qui travaille au sein de l’agence de renseignement est également inspiré d’Edward Snowden, ex-employé de la CIA. À travers ce roman, hors de son univers habituel, Iain Levison apporte sa contribution à la dénonciation des pratiques gouvernementales en matière de contrôle des individus. Jusqu’où l’Etat est-il capable d’aller pour surveiller les citoyens ? Jusqu’à la manipulation génétique ? Mais les apprentis sorciers devraient toujours se méfier de l’effet Frankenstein.
Tout cela, Iain Levison nous le raconte dans le style qui a fait son succès : pas de fioritures, un humour très british – il est Ecossais – et un sens du suspense qui rend la lecture de ses livres jubilatoire. MO

« Ils savent tout de nous » – Iain Levison – Liana Levi

By | 2015-12-18T23:34:59+00:00 11 novembre 2015|Interviews|0 Comments

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