Je suis Marianne – Lydia Guirous

Éloge de la laïcité

Je suis Marianne - Lydia Guirous« Si la France est depuis toujours un pays multiethnique, elle n’est pas un pays multiculturel. Notre culture, qui est la somme de nos principes, de nos valeurs et de notre histoire, s’appelle la République et elle est unique et indivisible. »
Lydia Guirous est une fille qui n’a pas froid aux yeux. Vu sa sensibilité idéologique – « je suis et demeure une femme de droite » – son ennemi à elle n’est probablement pas la finance. Non, son ennemi est beaucoup plus pernicieux quoique de plus en plus visible. Essentiellement à l’œuvre dans « les territoires perdus de la République » – pour reprendre le titre d’un célèbre essai paru en … 2002 – il menace et combat les valeurs qui ont fondé notre République et qui ont permis à des générations d’individus, femmes et hommes, de trouver leur voie et de s’y épanouir. L’ennemi de Lydia Guirous est l’intégrisme musulman qui fleurit sur le terreau du communautarisme. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle le combat avec une autre virulence que François Hollande, la finance.

La laïcité, pilier du vivre ensemble

La laïcité, « plus qu’un principe, c’est une règle intangible du vivre ensemble dans la République. Ce n’est pas à la laïcité de s’adapter aux contraintes d’une société pluriconfessionnelle, mais à cette société de s’adapter aux contraintes de la laïcité. » La position est claire. La laïcité n’est pas malléable. « L’identité de la France, ce n’est pas une matière molle que les derniers arrivés doivent modeler selon leur bon vouloir ou leur « sensibilité culturelle ». » La religion relève de l’intime et du privé ; « (elle) se vit pour soi, chez soi et ne doit pas se porter comme un étendard en place publique. » L’espace public et social est celui du vivre ensemble et doit être préservé des assauts de la religion. « Celui qui ne croit pas a autant de droits que celui qui croit. (…) Ses convictions doivent aussi être respectées dans cet espace qu’ils sont amenés à partager. » L’ « idéal laïc » qui signifie « ouverture, tolérance, liberté et émancipation » ne peut être possible que par « la neutralité de l’expression des religions dans la sphère publique. » Et, bien sûr, par « la rigueur et l’intransigeance dans l’application du principe. » Sur ce dernier point, Lydia Guirous a beaucoup à redire.

Les politiques, responsables et coupables

« Les germes de la destruction de la République se développent depuis de nombreuses années mais personne n’a voulu les voir. » Pour Lydia Guirous, les victimes des attentats de 2015 ne sont pas seulement des victimes du terrorisme, mais également de « la lâcheté, du déni de réalité, de l’acceptation complaisante des dérives communautaristes qui font le nid des islamistes, et d’une justice qui prône la culture de l’excuse. » Principale coupable de ce déni, la Gauche. Lydia Guirous s’agace de « cette indécence des socialistes à vouloir à tout prix éviter le problème, esquiver, ne pas prononcer les mots justes : islamisme, terrorisme islamique, antisémitisme dans les quartiers et communautarisme. » D’abord, du fait d’un certain complexe post-colonial qui imposerait une sorte de profil bas vis-à-vis des anciens colonisés. Ensuite, par opportunisme politique pour ne pas déplaire « à l’électorat des banlieues, nouveau peuple de gauche. » Tout minimiser, tout atténuer. Ne jamais heurter. « Les socialistes semblent enlisés dans l’idéologie communautariste et n’ont que les mots « pas d’amalgame » à la bouche. » Si Lydia Guirous fait de la Gauche la cible essentielle de sa colère, « certains caciques de droite » – pas nommés – sont également accusés de céder au discours du vote communautariste et de « baisser les yeux » face au port du voile. L’argument avancé – « (…) après tout, ce n’est pas notre affaire, « c’est leur culture » ! » – met Lydia Guirous hors d’elle : « Quelle médiocrité et quelle condescendance néocoloniale ! » Pas de quartier pour « les belles âmes privilégiées des beaux quartiers » !

L’école, sanctuaire du vivre ensemble

« L’école est un sanctuaire républicain, lorsqu’on passe le pas de sa porte, il n’y a plus de religions, les particularismes des uns et des autres doivent être oubliés pour laisser la place à l’égalité et la fraternité. » Lydia Guirous cite Jean Zay pour lequel l’école devait rester « l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas. » L’école de la République ne doit pas « se plier face aux revendications religieuses. » Par conséquent, pas de jupes longues et autres foulards. À ce propos, ce qui agace profondément Lydia Guirous, c’est « l’inversion de la culpabilité ». Ce sont ceux qui ne respectent pas la loi qui sont présentés comme des victimes tandis que ceux qui la défendent sont qualifiés d’ « intolérants et de discriminants. » Pas de menus de substitution non plus : « A l’école de la République, l’égalité doit être parfaite entre les élèves, jusque dans les assiettes. » À vrai dire, l’école idéale de Lydia Guirous est plus proche de celle de Jules Ferry que de celle de Najat Vallaud-Belkacem qu’elle ne porte pas dans son cœur. « L’école publique est la mère de tous les enfants de la République, elle doit accompagner, guider, transmettre le patrimoine intellectuel, pour transcender la naissance, le milieu et permettre à chacun d’accéder au plus beau grâce à ses efforts et son mérite. » Effort et mérite reviennent souvent dans les propos de Lydia Guirous qui rejette toute mesure spécifique aux établissements des quartiers difficiles. La discrimination positive, quelle qu’elle soit favorise « l’avènement d’une société communautarisée », le cauchemar de Lydia Guirous. Pour réussir, il suffit de bosser, c’est tout. Le travail doit être encouragé et sanctionné. Lydia Guirous prône le maintien des notes et des classements – « Avec les notes, on prépare les enfants à une certaine dureté du monde qu’ils ne pourront pas fuir » – et le retour du certificat d’étude « pour contrôler l’acquisition des fondamentaux par les élèves. » La discipline doit être rétablie dans les établissements. Lydia Guirous est favorable au retour de l’estrade pour instaurer une distance entre le professeur et les élèves et aux déplacements en rangs par deux dans les couloirs. Enfin, pour neutraliser « les particularismes des uns et des autres » au sein des écoles de la République, elle prône le port de l’uniforme « du primaire au lycée. » Pour Lydia Guirous, les parents doivent également prendre leur part de responsabilité dans ce retour à la discipline et au respect à l’école : les allocations familiales doivent être assujetties au « respect des règles et des devoirs de chaque parent et de chaque enfant au sein de l’école. » Et, bien sûr, « la laïcité ne doit pas s’arrêter aux portes de l’université. Tout comme l’école publique, l’université publique doit être sanctuarisée et la neutralité doit s’imposer. »

Le refus de l’Occident

« Par quoi passe le communautarisme religieux aujourd’hui en France ? Par le prosélytisme. Quels sont les outils de ce prosélytisme religieux ? Les signes ostentatoires religieux : voile, jilbeb, burqua, niqab, quemis, barbe, … » Problème : ces signes deviennent de plus en plus nombreux dans l’espace public. Dans certains quartiers, le salafisme serait même le nouveau cool. « Les salafistes sont les hipsters des quartiers perdus de la République. » Lydia Guirous ne décolère pas. « Alors que nos mères se battaient hier pour grappiller un millimètre de liberté et d’autonomie, les plus jeunes revendiquent leur emprisonnement au nom de la « pureté » et de leur « liberté de conscience ». Incompréhensible pour la féministe revendiquée Lydia Guirous. Mais, au-delà du « marqueur de la soumission des femmes aux hommes » ce qui l’indispose encore davantage avec le port du voile, c’est le message politique qu’il véhicule, à savoir « le refus d’une génération à adopter les modes culturels de la France et, de manière globale, de l’Occident. » Intolérable. Car avec les modes culturels, ce sont les valeurs qui sont rejetées, rendant « l’intégration citoyenne ou politique de plus en plus difficile. » Du coup, sans remettre en cause le droit du sol « symbole d’une France ouverte et accueillante », Lydia Guirous en conteste le côté automatique. Si la naissance sur le sol français doit continuer à ouvrir le droit à la nationalité, sa jouissance doit se situer à la fin d’un « parcours d’assimilation » au cours duquel le candidat aura prouvé « son adhésion et son attachement à la France et à ses valeurs. » Retour à la loi Pasqua en quelque sorte. « La France, ce n’est pas qu’un territoire. La France c’est surtout et avant tout une histoire, une philosophie, une langue, un certain « way of life ». » Devenir français, c’est les avoir faits siens tout au long d’un processus d’intégration. « L’intégration réussie s’appelle l’assimilation et l’intégration ratée, le communautarisme. »

Lydia Guirous a des convictions et le courage qui va avec. Dommage qu’elle soit de droite. Son discours sans ambages en forme d’éloge et de défense de la laïcité est condamné à ne recevoir aucun soutien de la part des « belles âmes de la gauche bien pensante ». Je suis de gauche et je le regrette. Par les temps qui courent être Charlie ne suffit pas. Il faut aussi avoir le courage d’être Marianne. Lydia Guirous l’a. Assurément. MO

Lydia Guirous – « #Je suis Marianne »Grasset

By | 2016-05-12T14:38:26+00:00 12 mai 2016|Interviews|0 Comments

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