Ce qui reste en forêt – Colin Niel

« La Guyane, personne ne vous croira. »

Ce qui reste en forêtLa Guyane, c’est « un mélange unique, le monde entier en un département ». Mais c’est aussi une « toxicomanie qui se répand comme une épidémie », « le taux de criminalité le plus élevé de France », la précarité qui « gagne du terrain ». Une richesse et des contrastes qui en font le décor idéal pour un roman policier.

Un ornithologue, Serge Feuerstein, disparaît alors qu’il recensait des oiseaux à proximité de la station scientifique de Japigny, dans la forêt amazonienne, à une centaine de kilomètres de Cayenne. « Une installation dédiée à la science où se relayaient naturalistes, botanistes, pédologues, primatologues ou climatologues, spécialistes venus du monde entier étudier un des écosystèmes les plus complexes de la planète : la mythique Amazonie ». Très rapidement, il est retrouvé. Du moins son corps. Mort de noyade après avoir reçu un coup violent, dira le médecin légiste. La piste la plus probable ? L’orpaillage. « Un pillage organisé du sous-sol guyanais qui draine avec lui tout ce que l’être humain a de plus misérable : drogue,  prostitution, esclavage, torture, meurtre ». Un « fléau » difficile à combattre. « Il faudrait trois fois plus d’hommes ». Mais devant cette évidence, le capitaine Anato reste sceptique. Pourquoi les garimpeiros auraient-ils pris le risque de s’attaquer à un chercheur français ? « Ils se cachent et évitent de créer d’autres problèmes que ceux qu’ils causent à la forêt. Ils n’ont aucun intérêt à se faire repérer ». Alors Anato va fouiller ailleurs. A commencer par le passé de Feuerstein. Quel genre d’homme était-ce? « Le genre … scientifique. Génial et insupportable. » Tout est dit. Avec « Ce qui reste en forêt », ce n’est pas seulement la forêt guyanaise qu’on explore ; c’est également la population scientifique. Un monde de passion peuplé d’exaltés. Et entre la passion et la haine il n’y a souvent qu’un pas que beaucoup pourraient facilement franchir … L’exploration du passé de Feuerstein va amener le capitaine Anato à s’intéresser à un séjour qu’avait effectué le chercheur aux iles Kerguelen. Jeune étudiant, il y avait séjourné pour étudier les déplacements des « grands albatros aux sourcils noirs ». Cette incursion en terres australes donne lieu à un superbe reportage sur la communauté scientifique qui séjourne sur ces iles de la Désolation. Un climat bien différent de celui de la Guyane, mais toujours le même « univers complexe » des scientifiques. Trop complexe pour être honnête.
Comme dans tout bon roman policier, les personnages sont abordés avec leurs failles et leurs faiblesses. A chacun son fardeau. Couple qui bât de l’aile, enfant autiste, relation père-fils dans l’impasse, « carrière par défaut », parentalité confuse, … Et contrairement aux apparences, « crane et menton rasés de près, la stature haute », et ce « regard jaune, si rare pour un Ndjuka » qui fait craquer toutes les femmes, le capitaine de gendarmerie Anato n’est pas le plus solide. « Négropolitain », il est né en Guyane mais a grandi en banlieue parisienne. Retrouver ses racines après trente-quatre ans d’exil n’est pas chose facile.

Il y a un an, Colin Niel nous avait donné « les Hamacs en carton », premier roman remarqué. Dans « Ce qui reste en forêt » on retrouve le décor de la Guyane – que Colin connaît bien pour y avoir vécu six ans – , ainsi que l’équipe de gendarmes du capitaine Anato. Une nouvelle enquête policière donc, écrite dans un style direct, sans fioriture.  Un récit riche d’informations et de détails qui flirte avec l’enquête journalistique. Double plaisir donc. Ce qui est chouette, c’est qu’une suite est annoncée. MO

« Ce qui reste en forêt » – Colin Niel – Rouergue Noir

By | 2014-02-16T11:56:07+00:00 30 septembre 2013|Non classé|0 Comments

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