Dernier refrain à Ispahan

Les « ennemis de la joie » n’ont pas gagné

A deux jours d’intervalle, une ancienne star de la chanson du temps du Sha, Roxana, et une jeune chanteuse, Nadia, sont assassinées à Ispahan. Point commun entre les deux crimes, l’assassin a déposé sur leur corps un bouquet artificiel de tulipes rouges. Coïncidence, dans un des tubes de Roxana il était question de tulipes rouges : « Dans un royaume où les ignorants sont rois, un homme a volé la voix des femmes. il a emporté leur chant, semé des tulipes sur leur chemin; et la joie s’en est allée ». Y a-t-il un rapport ? Qui peut être derrière ces crimes ? Nous sommes au début de l’été 2009. Un jeune journaliste franco-iranien, Narek Djamshid, débarque à Téhéran pour couvrir les manifestations qui ont suivi l’élection frauduleuse d’Ahmadinejad à la présidence de la République. Convoqué par le département de la censure, Narek se voit fortement conseillé d’aller couvrir l’enquête sur le serial killer d’Ispahan. Sentant la manipulation, il se montre au début réticent. Puis sur les conseils d’un ami, il finit par accepter. Ca bouge également à Ispahan, lui dit-on. En outre, là-bas, il sera logé chez un ami de sa famille, David, qui se trouve être l’ancien pianiste de Roxana dont il a composé les chansons les plus célèbres. Ca peut aider pour son enquête.

Commence alors un véritable reportage sur la société iranienne contemporaine. Les relations entre la police et les Pasdaran, les trafics de drogue, les Afghans et l’insécurité, la jeunesse dorée, les minorités sexuelles, tout passe sous l’œil acéré et contestataire de Naïri Nahapétian. L’auteur, journaliste en France, a quitté son pays à l’âge de neuf ans, juste après la chute du Sha. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle ne porte pas le régime actuel dans son cœur !

C’est un Iran étouffé sous le joug des religieux, « ennemis de la joie », que l’on découvre dans ce récit où l’intrigue importe moins que les personnages. Beaucoup résistent et cherchent comment survivre dans un régime sclérosé par les interdits et la corruption. C’est un jeu permanent du chat et de la souris, juste pour pouvoir être soi-même, pour pouvoir se toucher, s’embrasser. Et chanter. Oui, chanter, car c’est un acte interdit en public pour une femme, des fois que le son de sa voix donne des idées coupables aux barbus. La séduction et le plaisir n’ont pas droit de cité au pays des ayatollahs. Comme chantait Roxana, « la joie s’en est allée ». Jusqu’à quand ? MO

« Dernier refrain à Ispahan » – Naïri Nahapétian – Liana Lévi

By | 2013-08-13T10:15:14+00:00 7 mars 2012|Non classé|0 Comments

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