Le Dernier d’entre nous – Neil Gordon

The times they are a-changin’

le-dernier-d'entre-nous_150A la fin des années 60, sévissait aux Etats-Unis, un mouvement radical d’étudiants, le Weather Underground. Il tirait son nom d’un vers d’une chanson de Bob Dylan, « Subterranean Homesick Blues »: “You don’t need a weatherman to know which way the wind blows.” Et le vent qui soufflait à l’époque était celui de la contestation: contre la guerre du Vietnam, contre l’impérialisme du gouvernement américain et pour les droits des minorités. Pour mener son combat, le Weather Underground posait des bombes dans des bâtiments publics, y compris le Capitole et le Pentagone. Mais les Weathermen – comme on appelait les membres du groupe – n’étaient pas des assassins. Avant de faire exploser leurs bombes, ils donnaient l’alerte tout en publiant un communiqué pour justifier leur acte. Le groupe fut dissout en 1976, quelques années après la fin de la guerre du Vietnam. Mais pour éviter d’être condamner pour terrorisme, l’ensemble de ses membres entrèrent dans une clandestinité définitive.

Amelia Wanda Lurie – Mimi – était membre du Weather. En 1996, elle s’était rendue à la police, après vingt-et-un ans de clandestinité. On ne connaitra la raison de son acte qu’à la fin du roman. Quoiqu’il en soit, cette reddition lui avait valu douze ans de prison. En 2006, le présent du roman, après dix ans passés derrière les barreaux, voilà que Mimi pourrait bénéficier d’une liberté anticipée. Pour cela, il faudrait qu’Isabel Montgomery – Izzy – témoigne en sa faveur. Izzy, est la fille de Jason Sinai, un autre membre du Weather et, en l’occurrence, « le dernier d’entre nous ». Mais Izzy aurait de très bonnes raisons de ne pas faire ce qu’on attend d’elle. Une poignée d’anciens membres du Weather, va donc essayer de la convaincre. Pour cela, ces « anciens hippies qui perdent leurs cheveux », vont lui raconter leur histoire. Expliquer leur combat et tenter de justifier leurs actes. Ils vont le faire par mails. Le livre entier se compose ainsi d’une quarantaine de mails à sens unique, adressés à Izzy. Un récit choral où chaque message vient relayer le précédent, apporter son point de vue et faire progresser l’histoire.
Mails après mails va se dessiner le portrait attachant de toute une génération d’idéalistes qui voulaient changer la société, le système, le monde. Brillants, avec de fortes personnalités, chacun était en quelque sorte « un pur produit d’une éducation intellectuelle, portant le poids des attentes de l’Amérique d’après-guerre. » Pas de chance: tous rejetaient ces attentes. Pas question pour eux de « vivre et mourir dans les compromis de leurs parents ». Ce qu’ils voulaient, c’était « éliminer la guerre et l’impérialisme, rendre ses droits à la minorité noire opprimée », « pouvoir arrêter la machine, vivre dans une société juste, sauver la planète, être libre …. ». Beau programme taillé comme un rêve. Un rêve d’Indignés avant l’heure qui se fracassera, comme de bien entendu, sur la réalité des choses. Condamnés à la clandestinité à vie, les Weathermen paieront cher leur combat pour changer le monde. Le prix des rêves est toujours cher.

« Le Dernier d’entre nous » est un roman passionnant, mené comme un thriller, qui nous plonge dans l’effervescence libertaire des années 60-70. Il le fait de façon originale, à travers le regard de plusieurs protagonistes. Trente ans après. Ils ont vieilli. La clandestinité les a usés. Quelques uns sont devenus parents. Ce sont des « adultes de cinquante ou soixante ans, à la beauté presque effacée, (…), mais toujours généreux, éloquents, courageux, magnifiques »; comme à leur début. Certains d’entre eux jettent sur cette époque un regard nostalgique chargé d’amertume. « D’accord la révolution n’a pas eu lieu. Cela ne signifie pas que nous avions tort. Toutes nos convictions de l’époque restent vraies aujourd’hui. » « Sur tous les points, le racisme, la guerre, l’environnement, nous avions raison. » D’autres, en revanche, sont très durs avec eux-mêmes. « Mon passage au Weather m’emplissait d’un tel sentiment d’horreur depuis si longtemps – regrets concernant les risques que nous avions pris, remords pour la façon dont nous nous étions traités les uns les autres, et ce que nous avions infligés à la gauche – que mon expérience véritable, mon expérience originale, m’avait échappé. » Pour nous, comme pour Neil Gordon dont on sent toute l’affection qu’il porte à ses personnages – au point d’avoir du mal à s’en séparer ; le roman est un peu long – , ce sont tous de belles personnes. Des héros romantiques qui n’ont pas hésité à sacrifier leur vie pour un idéal d’honnête homme: rendre le monde meilleur. Respect. MO

Neil Gordon – le Dernier d’entre nous – 10-18

Pour info:
Le documentaire sur le Weather Underground réalisé en 2003 par Sam Green; très intéressant.
La bande annonce de « the Company you keep », le film adapté du roman de Neil Gordon et réalisé par Robert Redford.

By | 2013-12-01T12:58:45+00:00 13 mars 2013|Non classé|0 Comments

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