Le Dernier Lapon

Meurtre au royaume des rennes

Le Nord. Pas celui des chtis. L’autre, le grand. Celui qui s’aventure au-delà du cercle polaire arctique. Celui où la température peut chuter à -40°C et la nuit durer 40 jours. Une région de montagnes, de plateaux et de lacs, recouverte de taïga et de toundra. Le pays des rennes et celui des Lapons ou plutôt, comme ils préfèrent se nommer, des Samis. Un territoire presque aussi vaste que la France mais déchiré en quatre par les frontières de l’histoire. La vie y est aussi rude que le climat. Et les mœurs aussi. Au musée de Kautokeino, en Laponie centrale, un tambour ancien de chaman a été dérobé. Quelques jours plus tard, un éleveur de rennes est retrouvé assassiné, les oreilles coupées. La police locale, plus habituée à régler des bagarres alcoolisées, est sur les dents. D’autant plus que ce genre d’événements est prompt à réveiller les tensions communautaires, toujours sensibles. D’un côté, les Samis, « la dernière population aborigène d’Europe », qui luttent pour défendre leur culture et leur dignité; de l’autre, les nationalistes norvégiens arcboutés contre tous les « envahisseurs », que ce soient ces « enculés de Russes« , ces « enculés de Pakistanais » ou ces « enculés de Lapons« . C’est dit. L’enquête ne s’annonce pas facile pour le tandem de « la police des rennes » que forment Klemet Nango, un Sami, et Nina Nansen, fraichement débarquée de l’école de police et unique femme du service. L’ours et la poupée. Mais le mélange culture samie et intuition féminine se révèlera très efficace.

« Le dernier Lapon » a tous les ingrédients du polar nordique : le décor, aride et froid, le regard sur la société, forcément désabusé, et le couple d’enquêteurs aux fêlures intimes. Avec cependant une particularité : celui-ci est écrit par un Français. Olivier Truc est correspondant du Monde et du Point à Stockholm où il vit depuis longtemps. Mais cette particularité n’est pas un inconvénient. Au contraire. C’est un regard extérieur qui est posé sur la société scandinave. Un regard neutre, à la fois plus curieux et plus acéré. Un regard à qui rien n’échappe, ni la beauté de la nature ni la fragilité des hommes. Du coup, on apprend beaucoup en lisant « le Dernier Lapon ». D’abord sur la géographie et la culture de cette région, la plus septentrionale de l’Europe. Savez-vous par exemple que la moelle de renne est « le viagra du Lapon » ou que les rennes sont marqués aux deux oreilles ; du coup, « pour qu’on ne puisse pas identifier à qui appartient le renne, les voleurs lui coupent les oreilles. Pas de propriétaire, pas de plainte ». Un côté roman ethnographique qui aurait mérité au « Dernier Lapon » sa place dans la fameuse collection « Terre Humaine », chez Plon. Mais ce livre est aussi un polar. Polar nordique donc, mais également polar ethnique et polar écologique. Un de ces romans noirs contemporains, inquiets et inquiétants, qui nous disent les désordres du monde à travers l’exploration d’un milieu particulier. Ici, celui du grand Nord avec ses richesses naturelles convoitées, sa biosphère menacée et son mouvement populiste menaçant. Le livre refermé on aura compris que le racisme éternel, le nationalisme pernicieux, les religions meurtrières et la cupidité des hommes, résistent très bien au grand froid. Etonnant, non ? « le Dernier Lapon » est un livre réussi qu’on aurait volontiers envoyé aux frères Coen s’ils n’avaient déjà réalisé « Fargo ». MO

Le dernier Lapon – Olivier Truc – Métailié

By | 2013-08-13T10:23:48+00:00 16 septembre 2012|Non classé|0 Comments

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