les Mâchoires du serpent

Massacres au far-west australien.

Mâchoires du serpent« Et soudain la ville avait peur parce que Andrew Tacchini-Brown n’avait pas été seulement assassiné. Il avait été dépecé selon un rituel mystérieux. Il y avait quelque chose de religieux, de sectaire, d’inexpliqué qui rejoignait les obscures croyances, les mythes enfouis depuis quarante mille ans dans cette terre ocre. Cette terre gorgée de sang que tout le monde en Australie craint plus ou moins ». Andrew Tacchini–Brown est la quatrième personne à avoir été assassinée de façon aussi violente : éventration, tête décapitée, main sectionnée. Et sexe arraché. La première était un bûcheron qui vivait seul, se déplaçant au gré des boulots trouvés auprès de compagnies forestières qui l’embauchaient illégalement. La seconde était un de ces chauffeurs de poids lourds à deux remorques qui « transportent moutons ou pétrole entre le bush et les ports de la côte ». Son corps avait été retrouvé éparpillé sur une highway au nord de Sidney. La troisième était un mineur, travaillant dans une exploitation de la Nickel Chrome Ltd pour 150 000 dollars par an. Le prix pour un travail éprouvant, une vie isolée et solitaire avec comme seuls plaisirs, la bière et les putes. « Un bûcheron, un camionneur, un mineur et un financier. Tous découpés en morceaux. Quatre icônes australiennes mises en pièces. ». Tous blancs. Ca faisait beaucoup. Trop. Trop pour se contenter des rapports policiers, rapides et succincts, qui avaient tous conclu à des attaques d’animaux sauvages. Avec ce quatrième cadavre, celui d’un membre de la haute société de Perth, impossible désormais de se boucher les yeux avec des explications faciles, voire fantaisistes. Il fallait maintenant creuser, investiguer. Mais difficile d’avancer dans une société corrompue où règne l’omerta. Une société où la politique, les médias et la finance sont contrôlés par la puissante industrie minière. Une industrie extrêmement prospère, tirée par l’avidité d’une Chine en pleine croissance. Une industrie qui ne veut surtout pas de vagues pour pouvoir continuer à creuser en paix. Mais c’est sans compter sur le tandem Ange et Ashe, les deux héros récurrents des polars d’Hervé Claude. Ange Cattrioni, le flic d’origine italienne, et Ashe, le Français, ancien détective pour compagnies d’assurances. Ange et Ashe, les amis fidèles et anciens amants. Ashe toujours sensible au charme d’Ange. «  Ses yeux bleu océan, son regard franc, l’attiraient plus que jamais. Un quadra dans la force de son âge et de son pouvoir ». Et Ange qui n’hésite pas à recourir aux services d’Ashe, « entêté et débrouillard », quand il s’agit de contourner la légalité. Voilà donc Ashe parti fouiner sur les lieux des différents crimes. Sont-ils liés entre eux ? La presse a-t-elle raison de montrer du doigt les Aborigènes ? Son enquête apportera à Ashe son lot de surprises.

On ne présente pas Hervé Claude qui a officié pendant de nombreuses années sur nos chaines de télé. Bien que retiré des médias, sa curiosité et son sens de l’observation sont toujours actifs. Journaliste un jour, journaliste toujours. On apprend donc beaucoup de choses en le lisant. Par exemple que « l’Australie est le pays au monde qui compte aujourd’hui le plus de chameaux » ou que « Melbourne est la deuxième ville grecque du monde, après Athènes ». Mais surtout, avec « les Mâchoires du serpent » c’est le monde aborigène que l’on découvre. Son passé, terrible, et son présent, déprimant. « On a massacré ce peuple, on le laisse toujours pourrir à petit feu avec l’alcool, ses maladies génétiques et celles qu’on lui a transmises. On lui a volé ses enfants pendant des années pour les confier à des familles blanches ». Les Aborigènes, la mauvaise conscience des Australiens, ont ils décidé de se venger ? Bien qu’ayant fait sa carrière dans l’audiovisuel, Hervé Claude a un vrai talent d’écriture. C’est donc toujours avec plaisir qu’on se plonge dans un de ses polars australiens. Dépaysement et suspens garantis. MO

« Les mâchoires du serpent » – Hervé Claude – Actes Sud

By | 2013-08-13T10:26:32+00:00 16 novembre 2012|Non classé|0 Comments

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