Ne lâche pas ma main – Michel Bussi

Vengeance créole

Couv_150Avouons qu’un de nos passe-temps favori, quand on est à la plage, c’est d’observer les gens autour de nous. Certains nous rassurent – heureusement qu’on ne ressemble pas à ces beaufs – tandis que d’autres nous dépriment. Ils nous dépriment, non seulement parce qu’ils sont beaux et bien foutus, mais parce que, en plus, ils ont l’air tellement heureux, que l’ensemble frise l’indécence. Alors, pour se consoler, on se dit que l’image est trop parfaite pour être honnête. Que cela cache quelque chose. Et on n’a pas forcément tord. La preuve, Liane et Martial dans « Ne lâche pas ma main », le dernier roman de Michel Bussi.
On est autour de la piscine d’un hôtel de Saint Gilles, à la Réunion. Elle, petite, très fine, petits seins, « cascade de cheveux blonds et fines dents blanches », et des petites fesses qui, lorsqu’elle marche, « se balancent doucement comme un fruit vert bercé par le vent ». Lui, jambes musclées, abdominaux dessinés, épaules larges. « Le genre prof de sport, ou pompier ou CRS, n’importe lequel de ces métiers où on vous paye à passer vos journées dans une salle de musculation ». A leur côté, leur fille, Sofa, une blondinette  de six ans à l’esprit vif et au caractère déjà bien affirmé. Bref, le couple glamour par excellence. La famille bonheur d’une pub télévisée. Et pourtant. Il va suffire que Liane, « remonte une seconde » dans la chambre, pour que cette image du bonheur se déchire salement. Car la seconde va s’éterniser. Et quand, au bout d’une heure, Martial, se décide à monter dans la chambre voir ce que fait sa femme, c’est pour trouver une chambre vide, en désordre, des tâches de sang tapissant la moquette et les rideaux… De plus, tous les vêtements de Liane ont disparu. Fugue conjugale? De l’avis même de Martial, l’hypothèse est peu probable; jamais Liane ne serait partie sans sa fille. Très rapidement, pour la capitaine de gendarmerie Aja Purvi, Martial va devenir le suspect numéro 1. D’autant plus que, le surlendemain de la disparition de sa femme, c’est au tour de Martial de disparaitre avec sa fille. Branle bas de combat sur l’île où la gendarmerie déclenche le plan Papangue, le plan Epervier à la sauce cari. A partir de ce moment là, Michel Bussi, va nous entrainer dans une course poursuite, à travers l’ile de la Réunion et ses paysages somptueux. Martial est-il un assassin? Ces deux cadavres trouvés dans son sillage sont-ils ses victimes? Quelles sont les raisons de sa fuite? Où va-t-il? Autant de question qui, bien sûr, ne trouveront de réponses qu’à la fin du livre. Avant d’y arriver, on se sera laisser mener sur les fausses pistes par l’habile Michel Bussi, qui connait bien les règles du genre. On aura également croisé une galerie de personnages insolites comme Aja, « zarabe par son père, créole par sa mère », officier de gendarmerie pas prête à se laisser marcher sur les pieds; ou son adjoint Christos, un « zoreil », « le seul orthodoxe de l’ile », qui y trimballe sa dégaine de fumeur de « zamal » depuis trente ans; ou encore Imelda, la « copine de plumard » de Christos, une « cafrine » tout en rondeurs, passionnée de romans policiers. En prime, dans « Ne lâche pas ma main », on apprend beaucoup de choses sur la Réunion, véritable « laboratoire de l’humanité ».
Un thriller bien mené sur fond de règlement de compte conjugal. « Quand le malheur vous touche, on refuse tous d’admettre qu’il n’y a aucun coupable à punir. Alors pour diminuer ses souffrances, on s’invente une vengeance ». MO

Ne lâche pas ma main – Michel Bussi – Presses de la Cité

By | 2013-12-01T12:57:48+00:00 28 mars 2013|Non classé|0 Comments

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