Yeruldelgger – Ian Manook

Un homme en colère

YeruldelggerLa Mongolie, c’est trois fois la surface de la France. Et sur cette surface, 3 millions d’habitants seulement, dont la moitié dans la seule capitale, Oulan-Bator. Autant dire que si l’on aime les espaces vierges, la montagne ou le désert, une nature encore sauvage, c’est là-bas qu’il faut aller. Mais la Mongolie, c’est aussi un sous-sol riche en minéraux de toutes sortes et de « terres rares », « ces dix sept éléments chimiques qui sont devenus indispensables à toute nouvelle technologie. Pas d’éoliennes, pas de moteurs hybrides, pas de panneaux solaires, pas de nouveaux alliages sans eux ». De quoi attirer bien des convoitises. A commencer par celle des Chinois, les voisins. Chassés par Gengis Khan, les voilà de retour, forts de leur nouvelle puissance économique et de « l’arrogance » qui va avec. Ici, comme partout dans le monde, ils ne sont guère populaires. On leur reproche de se comporter en « occupants », de « piller nos richesses », de « pervertir nos traditions » et de tenir « la moitié du pays et du gouvernement ».
Aussi, quand les corps nus de trois Chinois, émasculés et le front tailladé d’une étoile de David, sont retrouvés dans une usine, la piste du nationalisme xénophobe est vite privilégiée. L’enquête est confiée au commissaire Yeruldelgger. Une sorte de survivant, refermé sur lui-même. Sa vie« avait glissé dans un néant froid et muet depuis longtemps déjà ». Depuis que sa petite fille avait été tuée après avoir été enlevée. La mère en était devenue folle de douleur, et il ne la voyait plus.  Quant à sa fille ainée, « elle haïssait tout de lui ». Yeruldelgger s’en voulait à mort d’avoir été incapable de sauver sa fille, incapable d’arrêter les coupables. Depuis, il n’était plus qu’un mort vivant que plus rien ne semblait pouvoir atteindre. Du moins, en apparence.
Lorsque le squelette d’une petite fille, enterrée à la va-vite, refait surface dans la steppe, Yeruldelgger n’a pas besoin de l’injonction d’un vieux nomade – « Tu l’as arrachée à la terre, la tradition exige que tu la conduises au ciel » – pour faire de la recherche des coupables, une affaire personnelle. La mort de cet enfant ne restera pas impunie.
S’en suit une enquête, riche en action et en rebondissements, à travers la Mongolie d’aujourd’hui, nouvel eldorado de la mondialisation et de son lot de malédictions: la violence et l’injustice. D’un côté, les super riches – « hobereaux locaux, oligarques russes reconvertis, potentats chinois » – et de l’autre, les laissés pour compte, nomades déplacés échouant dans la ville, avec, dans leurs yeux, « toute la tristesse des steppes perdues et des cavalcades brisées ». Sans oublier la corruption qui gangrène tout, police comprise. De quoi révolter « l’ancien gamin des steppes » que fut Yeruldelgger. Mais pas de quoi déstabiliser l’ancien élève des moines Shaolin qu’il fut aussi.

Avec « Yeruldelgger », Ian Manook – pseudo d’un écrivain français, grand voyageur – donne au polar un nouvel horizon, celui des paysages sauvages de la Mongolie. Mais si le décor change, force est de reconnaître que les hommes sont partout les mêmes. Pour le meilleur – les sentiments – et pour le pire – la cupidité.
Une nouvelle enquête du commissaire Yerudelgger est en cours d’écriture ; on s’en réjouit. MO

Yeruldelgger – Ian Manook – Albin Michel

By | 2014-03-21T15:06:42+00:00 1 décembre 2013|Non classé|0 Comments

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